LE CHOLESTÉROL NE RACONTE PAS TOUTE L’HISTOIRE

POURQUOI LE CHOLESTÉROL NE SUFFIT PAS TOUJOURS À ÉVALUER LE RISQUE CARDIOVASCULAIRE

Le LDL-cholestérol reste un élément important du risque cardiovasculaire. Mais, à lui seul, il ne raconte pas toute l’histoire.

Pour comprendre pourquoi, imaginons que le cholestérol soit une marchandise transportée dans des camions.

Le LDL-cholestérol nous indique principalement la quantité de marchandise transportée. Mais il ne nous dit pas exactement combien de camions circulent sur la route.

Or, à quantité de cholestérol identique, une personne peut avoir relativement peu de particules LDL très chargées, tandis qu’une autre peut avoir beaucoup plus de particules transportant chacune moins de cholestérol.

C’est ici que l’ApoB peut apporter une information complémentaire.

ApoB : combien de « camions » circulent ?

L’ApoB est une protéine présente sur les principales particules capables de participer à la formation des plaques d’athérome.

Son dosage permet donc d’estimer plus directement le nombre de particules athérogènes circulantes.

Pour reprendre notre image :

  • le LDL nous renseigne surtout sur la quantité de marchandise transportée ;
  • l’ApoB nous renseigne davantage sur le nombre de véhicules présents sur la route.

Cela explique pourquoi deux personnes ayant un LDL relativement proche peuvent malgré tout avoir un risque différent.

L’ApoB peut notamment être intéressante lorsque les triglycérides sont élevés, en cas de diabète ou lorsqu’il existe un terrain métabolique particulier.

Elle ne remplace pas le LDL : elle permet de compléter la photographie.

Lp(a) : LE FACTEUR HÉRÉDITAIRE QUE L’ON NE VOIT PAS TOUJOURS

La lipoprotéine(a), ou Lp(a), est une autre particule qui mérite d’être connue.

Sa particularité est d’être principalement déterminée par notre patrimoine génétique.

Une personne peut donc avoir une bonne alimentation, pratiquer une activité physique régulière, ne pas fumer et présenter malgré tout une Lp(a) élevée.

On pourrait comparer cela à une carte distribuée à la naissance.

Nous ne choisissons pas cette carte, mais lorsque nous savons qu’elle existe, nous pouvons être particulièrement attentifs aux autres facteurs de risque sur lesquels nous pouvons agir.

C’est pourquoi la Lp(a) peut être intéressante notamment lorsqu’il existe des infarctus, AVC ou maladies cardiovasculaires relativement précoces dans la famille.

Une Lp(a) élevée ne signifie évidemment pas qu’un accident cardiovasculaire va forcément survenir.

Elle indique simplement qu’un élément supplémentaire doit être pris en considération.

L’INFLAMMATION : LE FEU QUI PEUT ENTRETENIR LE PROBLÈME

Nos artères ne sont pas de simples tuyaux dans lesquels du cholestérol viendrait progressivement se déposer.

La formation d’une plaque d’athérome est beaucoup plus complexe et implique également le système immunitaire et l’inflammation.

On peut imaginer l’inflammation chronique de bas grade comme un petit feu qui couve.

Il ne provoque pas forcément de symptômes visibles, mais s’il persiste pendant longtemps, il peut participer à fragiliser le terrain cardiovasculaire.

La CRP ultrasensible, ou CRP-us, permet de rechercher de très faibles niveaux d’inflammation.

Cependant, il faut rester prudent : une CRP-us élevée ne signifie pas automatiquement qu’un problème cardiovasculaire est présent.

Une infection, une inflammation passagère, une blessure ou d’autres situations peuvent également la faire augmenter.

C’est surtout lorsqu’elle reste élevée dans le temps, en dehors d’une maladie aiguë, qu’elle peut apporter une information complémentaire.

CHOLESTÉROL ET INFLAMMATION : DEUX MÉCANISMES QUI PEUVENT SE RENFORCER

Il ne faut donc pas opposer le cholestérol et l’inflammation.

Les deux peuvent travailler ensemble.

Les particules athérogènes peuvent pénétrer dans la paroi de l’artère. Le système immunitaire peut alors réagir et entretenir localement une inflammation.

Petit à petit, une plaque peut se constituer.

On pourrait comparer cela à une route dont la chaussée se dégrade progressivement.

Les particules athérogènes représentent une partie des agressions répétées, tandis que l’inflammation participe aux réparations permanentes et parfois désordonnées.

Au fil du temps, certaines plaques peuvent devenir plus fragiles.

Si elles se fissurent ou se rompent, un caillot peut se former brutalement et provoquer un infarctus ou certains AVC.

C’est pourquoi la prévention moderne s’intéresse à la fois aux lipides et au terrain inflammatoire.

LES TRIGLYCÉRIDES : UN AUTRE VOYANT DU TABLEAU DE BORD

Les triglycérides sont eux aussi importants.

On peut les considérer comme un voyant supplémentaire sur le tableau de bord métabolique.

Lorsqu’ils sont élevés, cela peut parfois être associé à une alimentation trop riche en sucres, à une consommation importante d’alcool, à une surcharge abdominale, à un manque d’activité physique ou à une insulinorésistance.

Cela ne signifie pas qu’un taux légèrement élevé traduit systématiquement une maladie.

Mais, replacé dans l’ensemble du bilan, il peut fournir une information précieuse sur le fonctionnement du métabolisme.

GLYCÉMIE ET HbA1c : COMMENT LE CORPS GÈRE-T-IL LE SUCRE ?

Le glucose est indispensable à notre organisme.

Mais lorsqu’il reste trop élevé pendant longtemps, il peut progressivement fragiliser les vaisseaux.

La glycémie à jeun correspond un peu à une photo prise à un instant précis.

L’HbA1c ressemble davantage à un petit film des dernières semaines, puisqu’elle donne une indication sur l’exposition moyenne au glucose au cours des deux à trois mois précédents.

Ces deux informations permettent notamment de dépister un prédiabète ou un diabète.

Dans certains contextes, l’étude de l’insuline peut également aider à mieux comprendre la manière dont l’organisme gère le sucre.

LE TOUR DE TAILLE : UNE INFORMATION SIMPLE MAIS PRÉCIEUSE

Le bilan cardiovasculaire ne se trouve pas uniquement dans les tubes de laboratoire.

Le tour de taille peut lui aussi apporter une information intéressante.

La graisse située profondément dans l’abdomen, autour des organes, n’est pas simplement une réserve d’énergie.

Elle est biologiquement active et peut être associée à une insulinorésistance, une augmentation des triglycérides, une hypertension et une inflammation de bas grade.

C’est pourquoi deux personnes ayant le même poids peuvent présenter des terrains métaboliques très différents.

La balance ne raconte donc, elle non plus, qu’une partie de l’histoire.

LA TENSION ARTÉRIELLE : UNE PRESSION PERMANENTE SUR LES VAISSEAUX

L’hypertension artérielle représente un autre facteur majeur.

Imaginez un tuyau d’arrosage soumis en permanence à une pression trop importante.

Avec le temps, ses parois subissent davantage de contraintes.

Nos artères fonctionnent selon un principe comparable.

Lorsque cette pression excessive s’ajoute à un LDL élevé, au tabagisme, au diabète ou à une inflammation chronique, les différents facteurs peuvent se renforcer mutuellement.

C’est pour cette raison qu’il faut toujours regarder l’ensemble du tableau.

LES ANTÉCÉDENTS FAMILIAUX : REGARDER AUSSI DANS LE RÉTROVISEUR

Notre état de santé dépend en partie de notre mode de vie, mais également de notre patrimoine génétique.

Lorsque plusieurs membres d’une même famille ont présenté un infarctus, un AVC ou une maladie cardiovasculaire relativement jeune, cette information doit être prise en compte.

On pourrait dire que les antécédents familiaux permettent de regarder dans le rétroviseur pour mieux anticiper la route devant nous.

Ils peuvent notamment conduire à rechercher certains facteurs génétiques, comme une hypercholestérolémie familiale ou une Lp(a) élevée.

LE RISQUE CARDIOVASCULAIRE : UN PUZZLE, PAS UN CHIFFRE UNIQUE

Finalement, le risque cardiovasculaire ressemble davantage à un puzzle qu’à un chiffre isolé.

Chaque pièce apporte une information :

le LDL,

l’ApoB,

la Lp(a),

les triglycérides,

la CRP ultrasensible,

la glycémie et l’HbA1c,

la pression artérielle,

le tour de taille,

les antécédents familiaux,

mais aussi le tabagisme, l’alimentation, l’activité physique, la sédentarité, le sommeil et le stress.

Aucune pièce ne suffit à elle seule à représenter l’image complète.

Et toutes les analyses ne sont pas nécessaires chez tout le monde.

L’objectif est de rechercher les marqueurs réellement utiles en fonction de l’âge, des antécédents, des symptômes éventuels et du terrain de chacun.

PRÉVENIR, C’EST AGIR AVANT QUE LES VOYANTS NE PASSENT AU ROUGE

L’athérosclérose peut évoluer silencieusement pendant de nombreuses années.

C’est ce qui rend la prévention si importante.

Il ne s’agit pas de rechercher une maladie chez chaque personne en bonne santé ni de multiplier inutilement les examens.

Il s’agit de mieux comprendre son terrain afin d’agir suffisamment tôt sur ce qui peut être modifié.

Une alimentation adaptée, une activité physique régulière, la réduction de la sédentarité, le contrôle de la pression artérielle, l’arrêt du tabac, un sommeil suffisant et le maintien d’un tour de taille favorable restent des piliers majeurs de la prévention.

Les examens biologiques apportent ensuite des informations supplémentaires pour mieux personnaliser cette prévention.

La bonne question n’est donc plus seulement :

« Quel est mon cholestérol ? »

Mais plutôt :

« Quel est l’état global de mon terrain cardiovasculaire ? »

Car notre organisme fonctionne comme un ensemble.

Et comprendre les différents signaux avant que les voyants ne passent au rouge permet souvent d’agir plus tôt et de manière plus cohérente.